Article "Végétalisation des cimetières"

Actualités

Thématique : Conception écologique

Région : Île-de-France

Article issu de la lettre d’information PHYTOSANITAIRE n° 106 de la DRiaaF Île-de-france • oct 2018 (contact pour s'inscrire)

Le passage des cimetières au zéro phyto est toujours plus délicat que pour d’autres espaces en raison du sentiment d’abandon que pourraient ressentir les visiteurs venant se recueillir sur un site mal entretenu. La gestion de ces lieux par les communes est donc importante.

Un exemple en est donné par la commune de Champcueil, dans l’Essonne (2 900 habitants) avec les témoignages de Manuel et Mathieu Mariette (services techniques) et Chrystel Pacory (en charge de la gestion du cimetière à la mairie) ainsi que Vincent Van de Bor (PNR du Gâtinais).

 

Adhérente à la charte de gestion des espaces communaux du PNR du Gâtinais, la commune de Champcueil s’est engagée dans la réduction des produits phytopharmaceutiques en 2010, par la suppression des herbicides anti-germinatifs. En 2012, ce furent les traitements foliaires (glyphosate) qui furent arrêtés.

Les premiers essais de végétalisation ont été entrepris dans une partie ancienne du cimetière, avant d’étendre la technique à l’ensemble du site. Cette progressivité dans la démarche a facilité son acceptation par la population.

L’idée a été de remplacer le revêtement sableux des allées et des espaces entre les tombes par des gravillons et un semis de gazon à base de fétuque rouge et ovine, voire de trèfle. Il y a eu réarrangement des bordures de certaines tombes pour les aligner correctement et faciliter le passage de la tondeuse. De même des rejointements ont été faits sur les espaces entre deux rangées de tombes pour éviter un entretien rendu difficile par l’étroitesse de l’espace. Cette technique est également très fréquemment utilisée sur les trottoirs et caniveaux.

Des plaques de tapis de sedum ont été disposées dans d’anciennes tombes de concessions abandonnées. La présence sur la commune d’un ancien sanatorium fait que de nombreuses personnes y étaient décédées sans famille. Dans d’autres cimetières, ces plaques sont utilisées surtout pour les intervalles entre tombes. Un désherbage manuel est réalisé si nécessaire. L’implantation d’autres espèces, plus massives, est envisagée (bergenia, géranium).

Le colombarium a vu l’implantation d’un gazon ce printemps après décompactage du sol. Il s’est bien implanté, sans aucun arrosage, malgré les conditions chaudes et sèches de l’année. Les gazons sont suffisamment rustiques pour repartir malgré tout.

En termes d’entretien, il y a une tonte toutes les 3 semaines au printemps, une toutes les 6-8 semaines par la suite, dont une avant la Toussaint. La tonte n’est pas réalisée trop rase. Dans d’autres cimetières, certains espaces ne sont fauchés qu’une fois par an. Quelques adventices poussent, mais en général elles ne prennent pas un caractère envahissant.
Certaines personnes continuent de désherber manuellement le tour de la tombe qu’elles entretiennent.

L’aménagement du cimetière a concerné également les murs d’enceinte. L’un est recouvert d’une vigne vierge. Un autre est masqué par une haie arbustive variée qui a remplacé la traditionnelle haie de thuyas, très consommatrice en temps d’entretien.

Ces aménagements apportent de la biodiversité au site, avec plus d’oiseaux, et on y a même vu un lièvre.

A travers cette gestion végétalisée, l’idée est de donner aux visiteurs l’envie de venir se recueillir dans un cadre agréable, et aussi de faire du cimetière un lieu de promenade. Il joue également un rôle pédagogique. Ainsi des cours de reconnaissance de végétaux y sont donnés aux apprentis.

Dans le cadre de la charte de gestion des espaces du PNR, la commune a également végétalisé ses trottoirs, ce qui représente la surface de 13 terrains de football.

Les évolutions passent nécessairement par une phase d’investissement, ainsi que de la formation et de la communication. Cela valorise aussi les agents qui passent du trio classique d’activités tonte / taille / traitement à un véritable métier de jardinier.

Le PNR du Gâtinais joue un rôle important en apportant des aides financières et un accompagnement technique, permettant de trouver des solutions de gestion les plus adaptées pour chacune des 69 communes de son territoire.